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Ô... Rage
(jeffjoubert)

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Ô... rage




Noir, lourd, pesant,
le ciel annonçait l''orage. La terre tremblait entre
deux coups de tonnerre, les dieux en vacance
s''amusaient à faire peur. Posée
sur cette falaise, je les observais, elle et la mer. Des montagnes de
moutons déferlaient contre la
falaise, un son sourd accompagnait cet assaut, ce fracas irréel
creusait le granit, et des dinosaures
renaissaient de leurs cendres. De longs
éclairs se mirent à jaillir, des arcs oranges
allaient se perdre sur l''Océan comme d''autres
vont se pendre. Ce dimanche, pas de place au silence, même
les oiseaux hurlaient à la mort, tout en planant sous ce vent
violent. La tempête était au rendez-vous, les marins
restaient au port, pas un navire à l''horizon. Les
éléments en chaîne montraient la puissance de la
colère des cieux, l''air avait de l''allure, des tourbillons de
feuilles mortes se baladaient sur ce lieu dangereux, interdit
aux promeneurs. Plus d''une âme aventureuse s''était
trouvée happée, engloutie par des déferlantes,
des lames de fonds qui s''élèvent en montagnes et
aspirent tout sur leurs passages. Prudent, je gardais de la distance,
entre moi, elle et le grand bleu. Des chevaux couraient se cacher,
les nerfs à fleur, ils détruisaient la dune sous leurs
sabots, leurs courses semblaient folles. Je n''avais pas
d''heure et, d''ailleurs, je ne voulais
pas quitter la scène, : suspendu
entre terre, ciel et temps, je l''observais. Sa robe délicate
volait, ainsi que ses cheveux roux ; elle allait gracieuse de rocher
en rocher, cherchant un semblant de vérité, un coin où
se poser. Ses jambes délicates trouvaient appuis et refuge,
sur le sol, pendant que l''univers paraissait se fissurer. Imperméable
aux humeurs du temps, svelte et douce, son image me traversait
l''esprit aussi sensible qu''un courant d''air. Les éoliennes
devenaient électriques, elles sifflaient dans ce champs. Moi,
j''admirais l''élégance de cette femme, sa
bravoure aussi ; elle sentait l''écume.
Était-elle suicidaire ?



Je l''imaginais délicate
et douce, alors que la fureur extérieure
me la montrait solitaire et prête à tout pour
assouvir sa soif de liberté. Face à la brutalité
de ce violent orage, telle une plume,
elle s''abandonnait de pierre en pierre, et
je conversais en sa compagnie, auprès d''un feu de bois à
l''étincelle secrète, buvant
une tasse de thé ou un chocolat chaud. J''avais des projets
concrets, aller voir un concert de Léonard Cohen, et fredonner
à son bras I?m your man
. Je voyageais sans grossièreté
dans un lit de soie, en effleurant sa main de multiples caresses.
Nous nous projetions dans un avenir heureux, et
j''entendais déjà nos gosses courir dans les couloirs.
Nos rires allaient d''étoiles en étoiles s''accrocher au
firmament. J''appréciais son agilité, ce pas tranquille,
et je lui parlais de cette île, tintamarre, où
notre amour brillerait sur la plage ensoleillée. En une
fraction de seconde, elle était devenue mon soleil, je la
sentais si fragile que je voulais lui offrir mon épaule. Ma
raison s''en allait quand je la regardais
: si belle, si transparente face aux caprices du ciel. Sentait-elle
mon regard posé sur elle ?


La mer de plus en plus
grosse, la pluie devenait torrentielle et elle, nature, ne bougeait
plus. Sa silhouette était souple, et
je ne pouvais décider de l''aborder en vrai. Sur mon navire,
j''étais ce capitaine qui abandonnait le rafiot et laissait son
courage dans les livres. Je n''avais pas la force de lui parler, ma
maladresse me poursuivait depuis l''école. Alors je restais à
une centaine de mètres de ce rêve
poursuivant mes mensonges, me donnant une force que je ne possédais
pas. Très loin d''être Spiderman, ma toile avait des
trous que je ne comblais pas. J''aurais voulu la sauver, plonger si
elle tombait du haut de la falaise, mais je me sentais lourd en la
voyant si agile.it lui voler son image. La peau blanche,
les mains longues et douces, elle venait, pour moi, d''arrêter
le temps. Je sais que ce soir au Vingt heures, le monde
parlera de ses morsures du jour ? attentats, accidents, viols et
désastre en tout genre ?, alors je profite de cet arrêt
pour croire enfin au terminus. Elle, si belle, sur ce sommet. Vivace,
je l''imaginais frivole, aimant les
gâteaux et les jeux de mot. Moi, je gardais le silence.
L''avenir était à deux pas de moi, et je restais
immobile, caché sur la jetée. L''ombre versatile, je
voulais courir pour une fois et saisir la chance de cette rencontre
inopinée. Je nageais dans un songe au format si réel,
ce qui me confrontait au fossé de
ce passé, de cette perte de confiance. J''allais sur un sentier
meurtri par de vagues souvenirs qui revenaient du néant. Je
quittais le berceau de la tentation, choisissant le chemin plus
tranquille de l''esquive. Fragile esquisse, je comprenais toute la
rudesse du monde. Le volcan éteint. L''amour m''avait quitté
un soir de juillet, et depuis je courais
sur l''illusion de recroiser son charme. N''était-ce pas
elle que je croisai, ce jour-là ?


Mon caractère de
liège pesait peu de trouble sur cette vision animée.
Elle dansait, légère et virevoltante sous la menace de
l''explosion du ciel, un semblant irréel. J''admirais sa
dextérité, sa vivacité, son inconscience d''être
observée, si libre face à ma sottise et cette bêtise
de croire qu''elle deviendrait ma femme. Je l''observais depuis des
heures, et ma sueur était réel.
Je devais prendre mon courage, aller de l''avant, saisir ma chance
d''être sur sa route. Elle qui ne m''offrait pas un regard. Je
m''approchai et lui saisis le bras. Elle,
docile et désinvolte, se retourna. Elle était devant
moi, je la touchais et nos deux c?urs se
marièrent sous le couvert du tonnerre. J''embrassais nos deux
vie, sans prudence, sans sagesse. Merci.



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